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Discussion: Centenaire. Marcel Proust:hommage Marcel Proust

  1. #1
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    Par défaut Proust, un amour de Swan... Le pouvoir de l'imaginaire dans l'amour

    "Mais, tandis que chacune de ces liaisons, ou chacun de ces flirts, avait été la réalisation plus ou moins complète d'un rêve né de la vue d'un visage ou d'un corps que Swann avait, spontanément, sans s'y efforcer, trouvés charmants, en revanche, quand un jour au théâtre il fut présenté à Odette de Crécy par un de ses amis d'autrefois, qui lui avait parlé d'elle comme d'une femme ravissante avec qui il pourrait peut-être arriver à quelque chose, mais en la lui donnant pour plus difficile qu'elle n'était en réalité afin de paraître lui-même avoir fait quelque chose de plus aimable en la lui faisant connaître, elle était apparue à Swann non pas certes sans beauté, mais d'un genre de beauté qui lui était indifférent, qui ne lui inspirait aucun désir, lui causait même une sorte de répulsion physique, de ces femmes comme tout le monde a les siennes, différentes pour chacun, et qui sont l'opposé du type que nos sens réclament."

    Proust, Un amour de Swann, Pléiade, I. page 19
    7

    => Le souci constant de Proust est la démonstration: il s'agit de la ramasser dans une longue phrase pour que le lecteur adhère à la thèse soutenue par une intuition rationnelle, en suivant une déduction toujours contrôlée par l'intuition.
    Mais Proust le sait bien, un exemple ne démontre rien et, démontrer le pouvoir de l'imaginaire dans la passion née d'un coup de foudre, par un exemple est chose facile. Pourtant parce qu'il y a de l'extériorité par rapport à la singularité de l'exemple on n'a montré le pouvoir de l'imaginaire que dans un cas particulier. Un regard critique peut donc toujours causer des dommages à la thèse simplement soutenue par un exemple unique. C'est pour cela que Proust prend les deux extrémités d'une série: s'il a démontré le pouvoir de l'imaginaire dans les deux extrêmes de la série on considèrera que la démonstration est valable pour tous les états intermédiaires entre les deux extrêmes de la série: dès lors la thèse sur le pouvoir de l'imagination ne peut être réfuté puisque ce pouvoir est partout, au point qu'il fait oublier la réalité.

    En prenant les deux termes extrêmes de la série (image d'un corps plaisant et image d'un corps qui exprime de la répulsion) on évite d'abord l'objection qui consiste à soutenir que le pouvoir de l'imaginaire ne s'exerce que dans le coup de foudre, lorsque l'image d'une corps charme et donc que ce pouvoir est limité dans l'exacte mesure où il est pour ainsi dire articulé sur la réalité d'un corps. L'emballement du désir lorsque l'image du corps d'autrui plaît ne signifie pas un emballement imaginaire de part en part, sans rapport avec la réalité: en fait il n'y a pas remplacement d'une réalité par une autre et l'imaginaire pour imaginaire qu'il soit, a quelque lien avec le charme réel. C'est le même Swann qui va basculer des conquêtes multiples, des amourettes nées de la perception d'un corps charmant, à la conquête unique d'une personne dont l'image du corps qui produisait une première répulsion, est complètement oubliée par l'effet de l'imaginaire.

    => Si le pouvoir de l'imaginaire a pour effet de faire oublier une répulsion première au point que l'image du corps "absorbera" comme un vampire toutes les rêveries de Swann, à plus forte raison ce sera le cas si l'image d'un corps charmant suscite le rêve et transforme le visionnaire en conquérant.

    Que l'aventure amoureuse puisse avoir pour point de départ la vision d'une image qui inspire de la répulsion, cela démontre le pouvoir absolu de l'imaginaire qui fait oublier cette répulsion et "irréalise" pour l'amoureux les imperfections mêmes de l'objet qu'il poursuivra sans trop savoir pourquoi.

    => Liaison a pour corrélatif la durée, un certain sérieux, l'engagement dans une relation suivie, alors que flirt désigne ce qui n'est qu'un moment, ce qui ne va pas jusqu'à la consommation, ce qui reste à la surface, ce qu'on multiplie et qui donne l'illusion de la liberté, ce qui ne relève pas de sentiments profonds et pour tout dire ce qui n'attache pas.

    Réalisation: c'est un effort pour que la réalité soit informée par l'irréel. D'où l'expression "plus ou moins complète" : s'il y a des degrés de réalisation c'est que la réalisation parfaite du rêve n'est jamais parfaite.
    Spontanément signifie ici: immédiatement.


    Charmant: provoquant une sympathie, une attirance, un mouvement vers le corps charmant parce qu'il semble déjà se donner dans la grâce. Ce qui est charmant l'est d'autant plus qu'il laisse coexister une impression de liberté. Le charme attire en donnant confiance.

    => Un jour marque la surprise, à l'instant où Odette lui apparaît. Tout semble réuni pour un coup de foudre. Il a entendu parler d'elle comme une personne désirable, il la voit brusquement comme une apparition mais au lieu de l'attirance Swann éprouve une sorte de répulsion. Si l'imaginaire n'exerçait pas son pouvoir il fuirait, il s'écarterait.

    Parlé d'elle. Remarquons que les propos de l'ami ne correspondent pas à la réalité décrite et la remplacent, tel est le pouvoir de l'imaginaire. Il fait tout pour préparer le désir du conquérant et donc l'exercice du pouvoir de l'imaginaire. La présentation imaginaire prépare bien le terrain pour le triomphe de l'imaginaire qui fera oublier la réalité.

    Répulsion physique comme si l'image du corps d'Odette provoquait l'ébauche d'une fuite et certainement pas un attrait: une répulsion physique s'exerce entre deux corps pour les écarter l'un de l'autre.

    => Après avoir démontré le pouvoir de l'imaginaire pour déterminer la manière dont la conscience aborde le monde, Proust n'a plus qu'à illustrer cela, à montrer le pouvoir en action qui provoque la capture de l'attention et installe au foyer de l'attention une seule image imaginaire en face de laquelle toutes les autres images des corps de femmes vont perdre, un temps toute valeur. L'imaginaire a opéré la fixation de la conscience sur autre chose que sur la réalité: il appartient au pouvoir de l'imaginaire de remplacer l'image perçue, d'enfermer le rêveur dans un monde clos dans lequel la vie mondaine qu'il méprisait va être réintégrée pour peu qu'elle lui permette de retrouver Odette, de faire de l'amour un long oubli de l'image première
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  2. #2
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    Par défaut Centenaire: Hommage à Marcel Proust

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  3. #3
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    Proust, Un amour de Swan:
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    1- Un monde imaginaire (Proust) I. page 188 (Pléiade). Page 1 et - Page 2
    2- Démonstration en deux longues phrases
    3- Le pouvoir de l imaginaire : démonstration

    Etude de texte: Un amour de Swann, Pléiades, Tome I, 199.
    page 1 - page 2 - page 3
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