4) Rimbaud AU CABARET- VERT CINQ HEURES DU SOIR
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Discussion: 4) Rimbaud AU CABARET- VERT CINQ HEURES DU SOIR

  1. #1
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    Par défaut 4) Rimbaud AU CABARET- VERT CINQ HEURES DU SOIR

    Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
    Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.
    – Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
    De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.

    Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
    Verte : je contemplai les sujets très naïfs
    De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
    Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

    – Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! –
    Rieuse, m’apporta des tartines de beurre,
    Du jambon tiède, dans un plat colorié,

    Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
    D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
    Que dorait un rayon de soleil arriéré.

    Arthur Rimbaud, Cahier de Douai

  2. #2
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    Objet d'étude:Ecriture poétique et quête du sens , du XVIème siècle au XIXème siècle.
    Problématique générale: Quelle conception du voyage offre ce sonnet de Rimbaud ?

    Problématique de la séquence: En quoi ce poème laisse-t-il éclater l'esprit libertin de Rimbaud et, d'une manière plus subtile le sens que poursuit Rimbaud, au risque de se perdre et de le perdre!

    La fugue
    C'est une fuite au sens propre, on se libère en s'échappant du logis et de ses contraintes familiales,et au sens figuré de composition musicale qui donne l'impression d'une libération , d'un moment de bonheur mais aussi d'une poursuite qui n'exclut pas souffrance, insatisfaction,doutes....

    A suivre

  3. #3
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    Prélude au moment de pur bonheur. Bonheur absolu . Évocation de ce qui a précédé, antithèse du bonheur : "déchiré,cailloux, des (pluriel) chemins( ce que l'on suit lentement) =récit du passé: plus que parfait, action terminée.= la liberté a un prix mais une fois gagnée elle est inestimable.
    Notez le temps du récit (biographie) et le "je" : parfaite définition de la liberté: première personne du singulier: action qui vient de moi,méritée: "j'entrais", notez l'imparfait, ça met un certain temps....
    Place au passé simple.......

    Depuis huit jours, j’avais déchiré mes bottines
    Aux cailloux des chemins. J’entrais à Charleroi.

  4. #4
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    - Au Cabaret-Vert : je demandai des tartines
    De beurre et du jambon qui fût à moitié froid.


    Le lieu: – Au Cabaret-Vert : Ce n'est pas un cabaret avec des danseuses affriolantes... ça ressemble plutôt à un de de nos relais de routiers. En Belgique.Tout y est vert comme la nature . De cette couleur apaisante .
    Cabaret sonne bien,haut et fort: deux voyelles éclatantes:a a, une consonne grondant:tr+ é majeur.
    Je demandai: passé simple inaugural d'une succession précipitée. A partir de cet inaugural de la demande tout est rapide, comme si le temps du bonheur était compté. Demander c'est faire savoir , avec précision, ce qu'on désire et veut obtenir. Souligner le choix de ce terme , bien ajusté à l'énumération qui suit.
    des: un pluriel qui fait rêver l'auteur.
    tartines. symbole du plaisir gustatif , restes de l'enfance?=> dame tartine....
    de beurre: rejet qui met en en évidence de l'importance du beuur qui se sublime sur les tartines: retour du même qui exorcise le temps et sa fuite:=> bonheur.
    et du jambon: importance du troisième terme souligné par et .
    La relative complète , par une manière d'être, fût,ni chaud, ni froid, par une périphrase de tiède, dans le but de bien préciser la demande. Notez les sonorités douces,en,am,on, comme s'il savourait rien qu’à le dire.

  5. #5
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    Bienheureux, j’allongeai les jambes sous la table
    Verte : je contemplai les sujets très naïfs
    De la tapisserie. – Et ce fut adorable,
    Quand la fille aux tétons énormes, aux yeux vifs,

    Appréciez le ton libertin donné par les termes religieux accolés à des mouvement profanes::
    Bienheureux, naïfs, adorable accolés à des termes profanes:
    Bienheureux est le commencement des béatitudes évangéliques.x terme profane: J'allongeais les jambes sous la table. rejet des contraintes de la politesse et amorce du dernier vers, peut-être symbole d'autre choses....
    naïfs, "très, pour ne pas laisser entendre de l'érotisme.

    – Celle-là, ce n’est pas un baiser qui l’épeure ! – = exclamation: enfin une qu'un baiser n'effraie pas.



    Le voilà Bienheureux, dans la béatitude, avec l'illusion d'échapper au temps destructeurs : Sans peut-être en avoir pris conscience Rimbaud dans sa fugue est à la poursuite de l'absolu, ce qui n'est relatif à rien d'autre, ce qui a sa raison d'être en lui.
    Rieuse, m’apporta des tartines de beurre, = rieuse :appréciez les sonorités,: i ,eu, se avec pour effet
    la douceur et le féminin qui se prolonge
    Du jambon tiède, dans un plat colorié, = surprise qui le rend encore plus heureux: les couleurs. Il est
    comblé. Plus qu'heureux: bienheureux.

    Adorable: ( on adore Dieu), le terme est suivi de fille + tétons synecdoque pour marquer ce qui pointe des seins, pour enrichir l'image.
    "énormes" signifie qui capte le regard et envahit tout le champ visuel d'un adolescent ?
    Quand aux yeux vifs , ce sont des yeux qui ne pensent pas à la couture...


    Pourtant vous soulignerez que ce qui captive Rimbaud , pour ce moment de bonheur,c'est moins la serveuse que la nourriture apportée et l'assiette:
    La nourriture conforme à sa demande , il doit être affamé, et le contenant: une assiette coloriée, c'est à dire un composé de couleurs ,, de celles qu'il aime , en vert majeur avec d'autres un peu criarde.

  6. #6
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    Du jambon rose et blanc parfumé d’une gousse
    D’ail, – et m’emplit la chope immense, avec sa mousse
    Que dorait un rayon de soleil arriéré.
    Notez les allitérations en r( 4r) et les assonances (o,on,o,ei,é,é)

    Rimbaud insiste :
    Du jambon rose et blanc : couleurs douces:"on" "en" "ou"
    la poésie rejoint la peinture
    parfumé:il ne dit pas "relevé",c'est qu'il parle d'une harmonie, d'une correspondance entre les couleurs, les sonorités et le parfum. Harmonie de la douceur et de la force: L'harmonie étant l'union des contraires.
    rejet au début du vers suivant. effet de ce rejet: D'ail est mis en évidence, il est partout et nulle part.
    - = un silence: effet de "et" qui introduit ce qui est en plus pour étancher la soif. La chope peut être considérée comme une synecdoque, ou une de ses figures la métonymie, le contenant pour le contenu, une bonne bière Belge
    Rien ne manque à l'absolu.L'hyperbole "immense" le souligne".
    notez la virgule qui exige une pause, "avec sa mousse" comme couronnement de ce moment de bonheur.
    Rien ne manque, pas même le rayon d'or sur le blanc de la mousse, arriéré, en retard, le dernier donc .

    On a vu dans ce dernier vers une métaphore de la mousse et d'un trait pénien , pourquoi pas ?
    Dans l'orgasme final il y a bien cette rencontre de l'absolu que Rimbaud poursuit déjà dans sa fugue.
    Joseph

  7. #7
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    Comprendre l'itinéraire de Rimbaud:
    Comme beaucoup d'adolescent Rimbaud croit trouver l'absolu dans le relatif: l'argent, un moment de bonheur, l'amitié, l'amour..le voyage initiatique,la religion.... ou l'orgasme.. Or tout ce que nous appelons la réalité est relatif ,sous la dépendance d'autre chose et singulièrement du temps destructeur, source de remords et de regrets.
    Au CABARET VERT, l'adolescent en fugue goûte un moment qu'il croit absolu, alors même qu'il se précipite. Pour un instant sa poursuite semble s'arrêter, en témoigne ce beau sonnet.
    Il ne voit pas que ce moment est relatif à la cavalcade déchirante des 8 derniers jours de marche: ce n'es pas un don gratuit. De plus le temps fait tout basculer et peu importe alors que ce soit le plus que parfait , l'imparfait, le passé simple , tout a été englouti par un Saturne glouton.
    La poursuite de l'absolu continue donc jusque dans les Illuminations et le voyant découvre le rien , tout n'est rien.
    Dès lors Rimbaud jette un regard désabusé sur son oeuvre, et comme la plupart des adolescents tourne la page: c'était Nada, Rien.
    Rien de matériel certes, mais Rien moins qu'une oeuvre.
    Mallarmé , un autre Voyant,. parlait d'une page que la blancheur défend
    Et Baudelaire avait écrit:
    Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige
    Harmonie du soir
    Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige,
    Un cœur tendre, qui hait le néant vaste et noir!
    Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir;
    Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

    La mélancolie, la tristesse, devient brusquement l'angoisse que produit l'appréhension d'un danger inconnu: et s'il n'y avait rien que le néant, aussi vaste que l'idéal et noir comme le rien, source de désespoir. Alors le ciel lui même reflète l'angoisse: une noyade, un engloutissement sans retour du soleil, l'analogue du bien: le triomphe de la rigidité cadavérique qui ne laisse qu'une trace naturelle et morte.

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